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Quand un CODIR tourne en rond sur une décision

Vous tournez en rond depuis plusieurs semaines sur une décision clé. Ce n’est pas un manque de courage.

Le sujet est sur la table depuis le dernier comité de direction. Tout le monde a donné son avis. Des options ont été listées. Un tableau comparatif a circulé.

Et pourtant, rien n’est tranché.

La prochaine réunion est calée. On attend “un peu plus d’éléments”. Une analyse complémentaire est demandée. Ou alors, la décision a bien été actée — mais quelques semaines plus tard, elle est silencieusement remise en question, et le tour de piste recommence.

C’est ce que j’appelle la paralysie décisionnelle : lorsque tout semble prêt pour décider… sauf la décision elle-même. Dans mon expérience, elle touche plus souvent des dirigeants compétents et engagés que des dirigeants défaillants.

Ce que la paralysie décisionnelle cache vraiment

La paralysie décisionnelle est rarement un problème d’information.

Les tableaux de bord existent. Les chiffres sont disponibles. Les analyses ont été produites, parfois avec l’appui de consultants externes. Et malgré tout, la décision ne se prend pas — ou elle se prend, puis elle se défait.

Dans les accompagnements que je mène auprès de dirigeants et de leurs équipes de direction, cette paralysie est presque toujours le symptôme d’autre chose.

Parfois, c’est un désaccord non dit au niveau du comité de direction. En réunion, chacun a exprimé une position. Mais ce que chacun pense vraiment — les peurs, les loyautés, les enjeux de périmètre — n’a pas été formulé. La décision ne peut pas se prendre parce qu’elle n’a pas encore eu lieu dans le seul endroit où elle compte vraiment : la conversation réelle entre les personnes concernées.

Parfois, c’est une question d’identité déguisée en question stratégique. En surface, la discussion porte sur l’ouverture d’un marché, la restructuration d’une direction, l’abandon d’un projet. En profondeur, la question est : qui voulons-nous être, comme entreprise et comme équipe de direction ? Ce type de question ne se résout pas avec un tableau Excel.

Et parfois, c’est une peur du renoncement. Décider, c’est renoncer. Choisir une option, c’est accepter de fermer les autres. Pour beaucoup de dirigeants, l’inconfort lié à ce renoncement — à un modèle, à une relation, à une façon de se voir soi-même — est plus fort que le bénéfice attendu de la décision. Le système préfère alors différer plutôt qu’assumer ce que la décision implique réellement.

Dans ces situations, le problème n’est pas la qualité de l’analyse. C’est l’absence d’un espace où les désaccords, les peurs et les renoncements peuvent être nommés et travaillés.

Une scène typique : la décision qui ne vient pas

Un directeur général d’entreprise industrielle réfléchit depuis plusieurs mois à une réorganisation de son équipe de direction.

“Je sais ce que je veux faire. J’ai juste besoin que les conditions soient réunies.”

Lorsque nous examinons ensemble ce que recouvrent ces “conditions”, un élément apparaît : deux membres de son comité de direction portent des visions radicalement différentes de l’organisation cible. Plutôt que de créer l’espace pour que cette tension s’exprime et se régule, le directeur général attend qu’elle se résolve d’elle-même.

Elle ne s’est pas résolue en six mois. Elle ne se serait probablement pas résolue en douze.

La décision n’était pas bloquée par manque d’information. Elle était bloquée parce que le désaccord n’avait jamais été véritablement mis sur la table. Lorsque nous avons créé cet espace — non pas pour trancher à la place de l’un ou de l’autre, mais pour que chaque position puisse être entendue dans sa logique propre — la décision s’est prise en deux semaines.

Les données n’avaient pas changé. Ce qui avait changé, c’était la qualité de la conversation et la capacité du système de direction à assumer la décision.

Trois questions pour débloquer une décision

Si vous avez aujourd’hui une décision stratégique qui patine, ces trois questions peuvent constituer un premier point d’appui.

Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit dans la pièce ? 

Il ne s’agit pas de ce qui a été exprimé en réunion, mais de ce qui circule dans les couloirs, dans les échanges bilatéraux, dans les silences. C’est souvent là que se trouve la véritable décision à prendre.

Quelle est la perte réelle que vous cherchez à éviter ? 

Derrière chaque paralysie décisionnelle, il y a un renoncement difficile : un modèle économique, une organisation, une relation, une place dans le système, une image de soi comme dirigeant. Nommer cette perte ne la rend pas agréable — mais cela évite qu’elle continue d’agir dans l’ombre.

Votre équipe de direction porte-t-elle la décision, ou l’attend-elle de vous ? 

Une décision stratégique qui n’est pas portée collectivement est exécutée formellement et souvent résistée silencieusement. L’alignement n’est pas un préalable extérieur à la décision : il fait partie intégrante de la décision elle-même.

Ces questions peuvent être explorées individuellement. Leur portée est très différente lorsqu’elles sont travaillées avec l’équipe de direction, ou dans un cadre d’accompagnement dédié.

Créer un espace différent pour décider

Sortir d’une paralysie décisionnelle ne repose pas sur l’ajout de nouvelles données.

Cela suppose de créer un espace différent : un espace où les désaccords peuvent être formulés sans être immédiatement tranchés, où les renoncements impliqués par chaque option peuvent être nommés, où la décision peut être assumée collectivement — et pas seulement entérinée en réunion.

C’est précisément dans ce type de situations que j’interviens, auprès de dirigeants et de leurs comités de direction : pour clarifier ce qui se joue réellement derrière une décision qui n’avance plus, mettre en lumière les tensions et les loyautés en présence, et permettre au système de direction de prendre et de tenir des décisions structurantes.

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